Jeune et Déprimé

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10 décembre 2009

Dimanche soir

-« Nous arrivons en gare de Poitiers, terminus de ce train, tout les voyageurs sont priés de descendre, avant de descendre veillez vérifier de n’avoir rien oublié a votre place, correspondance pour Bordeaux voie …… »
Le reste de l’artificielle voix féminine sortant du haut-parleur du TER où tu es assis reste dans le lointain pour ton esprit.
Tu baille et commence à ranger tes affaires dans ton sac bandoulière fatigué, dont l’illustration montre un chat ouvrant de grands yeux globuleux et dessous duquel une phrase affirme : « I can see dead things ».
Tu te lève, ta voisine en fait autant et essaie d’attraper son sac. Tu prends aussi le tien et te dirige vers la porte du wagon. Tu t’aperçois au regard suppliant que cette femme te lance que tu bloque la moitié du passage qui n’est déjà pas bien large :
-« Excusez-moi, allez-y.
-Merci »
Tu n’étais pas sincère dans tes excuses, et alors ? Elle ne l’était pas dans ses remerciements, non ? On t’a bien éduqué, donc tu es poli avec les gens. Quand elle passe a coté de toi en te frôlant presque du fait de l’étroitesse du passage entre les sièges, tu sens une odeur de cigarette froide, puis tu sors et sur le quai mouillé, tu sens des relents de sueur.
Tout à coup ta haine de cette plèbe remonte. Tu ne connais pas le sens exact du mot plèbe mais tu sais vaguement que ça vient du grec …. Ou du latin, tu ne sais plus. Tu sais surtout que c’est péjoratif .Tu préfère plèbe a foule .Foule ce n’est pas assez péjoratif pour toi. Tu Hais tous ces moutons qui représentent l’Humanité et ce qu’elle est devenue, ce que l’Homme est devenu, ce que toi, tu es. Tu les Hais pour ne pas t’haïr toi-même, mais tu préfère te trouver des prétextes plus nobles. Tu préfère penser que tu les méprise parce que tu es au-dessus de tout ça, mais ton subconscient connaît la vérité, et cela attise encore plus ta haine.
Il est 18H47 quand tu sors de la gare. Tu vois le bus arriver à son arrêt à deux cents mètres de toi, tu cours pour l’attraper.
Te voila assis, mouillé et essoufflé d’avoir couru cette minuscule distance mais enfin assis, refoulant des idées de suicide, broyant du noir. Le bus stoppe, retour à la réalité, tu regarde monter les gens. Un homme attire particulièrement ton regard, ses traits et ses yeux trahissent le fait qu’il doit avoir une petite trentaine bien tassée pourtant il porte la coupe de cheveux d’un ado de quinze ans, la barbe semi-absente qui va avec et des vêtements fluo à faire pâlir n’importe quel danseur de tecktonik. tu le trouve pathétique , d’autant plus qu’il te fait penser à toi , d’une certaine manière , tu lui ressemble dans son décalage avec tes chemisettes rayées et tes cravates d’un goût douteux que porterait n’importe quel cadre de quarante ans chez Auchan, la coupe de cheveux qui va avec , toi qui n’a que (presque ) dix-huit ans.
Tu descends à l’arrêt Fief de Grimoire. Tu contemple un instant le ciel désespérément noir a la recherche d’un peu de clarté que tu ne trouve pas et tu te mets en route, de toute façon, un 6 décembre, tu ne t’attendais pas à une incroyable luminosité surtout a 19H13.
La période la plus déprimante de l’année est celle allant de début septembre à Noël, voire de mi-aout a Noël. Les journées raccourcissent, tu retourne au boulot ou en cours, il fait de plus en plus froid et les gens sont de plus en plus déprimés. Tu te demande pourquoi la plupart des gens prennent leurs vacances en aout. C’est vrai, le soir tombe déjà vers huit heures et demie. Alors qu’en Juillet, l’été est toujours là : Il fait chaud, il fait (parfois) beau et les soirées ne se terminent pas avant au moins dix heures. A la réflexion, le meilleur moment pour partir c’est les deux dernières semaines de juin, malheureusement cela n’est possible que pour quelques jeunes couples sans enfants, ou pour des vieux profitant de leur retraite.
Tu as dit vieux sans vouloir être blessant. Tu ne méprise pas les vieux, non, au contraire, tu les aime bien au fond. Mais tu exècre les « personnes âgés » Comme le disais, le grand Pierre Desproges : « Pourquoi les jeunes ne seraient pas les personnes non âgées ? » ou un truc dans ce style là.
Puis doucement tu pense à toi, tu t’emmure dans un mutisme scolaire inquiétant. La vérité est que tu es transi de trouille à l’idée d’aller en cours et de passer encore une fois pour l’idiot du village, du moins tu le pense. Souvent la nuit tu te réveille en sursaut et couvert de sueur, ta gorge est sèche et elle te fait mal. Tu jette la couverture à terre et dans le noir de tes 9m² tu cherche un verre que tu ne trouve pas. Tu finis par boire au robinet. Boire te fais du bien mais tu es toujours en sueur et tu finis par faire couler la douche glacée en partant du bas de ta nuque, et btu vas mieux, du moins pendant trente secondes, tu essaye de te rappeler ton cauchemar et tu réalise que tu as revu ta journée. Du coup tu ne sais pas quoi faire : Te rendormir et souffrir en revivant ta journée ou rester éveillé et souffrir en pensant à celle de lendemain.
Tu avais toujours cru que les sciences, c’était fait pour toi, au bout de trois mois sur le ring des études supérieures, tu te demande si plombier ne serait finalement pas mieux pour toi-même
Tu songe un instant que tu as parfois des pensées vachement philosophiques, mais tu chasse vite cette idée de ta tête, de toute façon, la philo tu t’en fous.
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Le dimanche ça me fout le cafard

Posté par DarkWC à 14:07 - histoires (trés) courtes - Commentaires [0] - Permalien [#]

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